Macchiato Caramel

Publié le par Kaktus

Un petit texte sur lequel je suis retombée ce soir et l'envie de le déposer sur ce blog. Je l'ai écrit il y a 8 mois en quelques heures, puisque c'était pour le "défi d'un soir" : rédiger un court texte, libre, en une soirée.
Le résultat me plaît bien et reflète au moins deux choses que j'aime : le café du Starbucks et Londres ;O)



Macchiato Caramel

 

Ecrire pour ne pas mourir.

Cette phrase tourne dans ma tête depuis des jours. Je ne saurais dire combien, mais elle est devenue obsédante, pire qu’une chansonnette qu’on fredonne en silence.

Il fut un temps, pas si lointain finalement, où ces mots-là collaient à ma peau. Ecrire était pour moi comme une respiration. J’écrivais tous les jours, toutes les nuits plutôt, et chaque page noircie était comme la gorgée d’air salutaire évitant la noyade.

Au matin, j’abandonnais mes carnets et j’émergeais dans le monde réel. Je quittais ma petite chambre de bonne glaciale et je profitais d’une demi-heure de métro pour somnoler un peu. Régulièremen, je déposais à la poste un ou deux manuscrits avant d’aller gagner ma vie au Starbucks café.

Avant de commencer, je dégustais un ‘Espresso con Panna’ qui transfusait assez de caféine dans mon corps pour que j’affronte ma journée de travail. Un travail qui ne me déplaisait pas tant que ça et me permettait de peaufiner des textes dans ma tête au fil des heures et des clients.

Puis un jour, j’ai été éditée.

Un recueil de nouvelles d’abord, puis un roman. Le succès, immédiat.

Je suis passée à la radio et à la télé, où j’ai donné mon avis sur tout et n’importe quoi. Des critiques ont décortiqué mes textes et analysé ma prose. Les paparazzi m’ont même traquée pendant plusieurs mois, provoquant par deux fois une rupture inévitable avec des jeunes femmes charmantes qui s’intéressaient pourtant plus à moi qu’à mon argent ou à ma notoriété…

Par la force des choses, je suis devenue riche et célibataire…

Aujourd’hui, j’ai quitté ma chambre de bonne et je vis dans un luxueux appartement sur Knightsbridge

Je dors toujours aussi peu, mais je n’écris plus.

Plus une phrase, plus un mot depuis de longs mois.

Ecrire pour ne pas mourir.

L’ironie du double sens véhiculé par cette phrase me fait grimacer. Si je ne retrouve pas un semblant d’inspiration sous peu, mon éditeur me coupera les vivres, purement et simplement.

 

Brusquement, j’abaisse la fenêtre de mon traitement de texte, laissant apparaître un fond d’écran aux couleurs psychédéliques qui m’a amusée pendant quelques temps.

Je saisis mon imper accroché près de la porte, le préférant au parapluie sans lequel je sors rarement. Londres en automne est rarement sec…

Comme chaque jour, je vais errer dans la rue, sans but, jusqu’à ce que la pluie me force à pénétrer dans un musée ou un pub. Mais finalement, je m’engouffre dans le métro où je m’assoupis. Oui, cette habitude-là est restée…

J’émerge de ma somnolence à London Bridge Station et je laisse mes pas me diriger, sans but précis. Je longe la rive droite de la Tamise, la froide humidité du vent terminant de me réveiller.

Mais c’est l’odeur, bien reconnaissable, du café, qui me fait bifurquer vers une galerie marchande où règnent une chaleur et un calme bienvenus. En ce début de matinée, les ‘yuppies’  des bureaux alentours sont encore plongés dans leur paperasse.

Mon instinct et mon odorat ne m’ont pas trompée. Un Starbucks café est bel et bien niché dans un coin, proposant même une petite terrasse accueillante. Mais je préfère m’enfoncer dans un des moelleux fauteuils à l’intérieur.

J’ai travaillé dans un Starbucks pendant plus d’une année et connaître l’envers du décor ne m’a jamais empêché d’apprécier cet endroit. J’aime l’ambiance qui y règne, la musique douce qui n’agresse pas les tympans, les tables en bois et les couleurs chaudes et apaisantes.

Je savoure mon Macchiato Caramel par petites gorgées, laissant mon regard se perdre sur le logo de l’énorme tasse qui le contient.

« On lui a tronqué les seins. »

Je lève la tête, surprise. La jeune fille qui m’a servie se tient près de ma table, une petite assiette à la main.

« La sirène du logo. On lui a tronqué les seins parce que c’était trop suggestif. »

Elle me sourit avec une étincelle malicieuse dans son regard gris-vert.

« Tenez, je sais que le muffin à la banane est votre préféré, c’est la maison qui vous l’offre. » termine-t-elle en déposant l’assiette sur la table.

Devant mon air interloqué, elle poursuit :

« J’ai lu votre biographie, Mlle Smith. En plus de vos livres. Je les ai adorés. »

Puis elle retourne derrière son bar pour servir un couple de touristes japonais. Je l’observe à la dérobée. Elle est plutôt mignonne, dans son tablier vert.

Je prends tout mon temps pour déguster mon café et la pâtisserie qui l’accompagne mais mon admiratrice ne semble pas décidée à revenir me voir. Petit à petit, l’endroit se remplit, mais l’ambiance reste feutrée et chaleureuse. Je constate avec étonnement que beaucoup de gens viennent ici munis de leur ordinateur portable. Quand j’y travaillais, l’enseigne ne proposait pas encore le wi-fi et il semble que cette innovation soit appréciée des clients.

C’est presque à regret que je finis par me lever, mais ce sentiment est vite oublié quand ma jeune serveuse s’approche.

« J’espère que vous reviendrez. Je vous parlerai plus en détail de la sirène du logo. »

Elle sourit d’une façon espiègle et je ne peux m’empêcher de sourire en retour, amusée.

« Et amenez votre portable pour écrire, je suis sûre que cet endroit vous inspire. »

Je quitte le café et je longe à nouveau la Tamise.

Le soleil pointe le bout de son nez.

Ecrire pour ne pas mourir.

Tiens, ça pourrait être un bon titre pour ma prochaine histoire…

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Publié dans Parfois - j'écris

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Commenter cet article

Paladar 29/07/2007 16:14

c'est toujours un plaisir de te relire!

Adeline 25/07/2007 21:38

Prose fraîche, efficace et spontanée, j'apprécie particulièrement les trois premiers paragraphes ! Il me manque peut-être ce petit supplément d'âme, ce mot, cette simple phrase qui trahissent l'auteur sournoisement. Enfin bravo et merci pour ce petit bol d'air !